Notre Periple

Vendredi 28, l'adrénaline est à son paroxysme. Nous arrivons sur place, nous montons nos tentes dans l'appréhension du lendemain. Une fois installés, on se rend au barbecue qui se tient à trois minutes du campement. Il est impératif de bien se préparer et d'accumuler un maximum d'énergie pour l'épreuve qui nous attend. Le boudin y est bien cuit, c'est le principal !

De retour au campement, il est déja tard et chacun rejoint sa tente. C'est le moment d'une dernière concentration, de quelques expirations déterminées. Demain, on se lève tôt, il nous faudra être en bonne forme.

Il est 5h, le réveil sonne, Ludo fait le tour des tentes et réveille l'équipe qui peine à croire que le moment tant attendu est enfin arrivé. Dans les allées en direction du petit déjeuner, les regards se croisent et se comprennent. C'est maintenant que commence l'épopée.

 

Il est 7h, le départ est lancé. On est heureux d'être en marche.

Notre première halte sera un point d'eau à 6.1 km, le parcours est magnifique, nous avons de bonnes jambes, de nombreux rires complices s'échangent. Les prochains arrêts seront aux points 12,1 - 17,5 et 28,2. C'est à ce dernier point que l'on retrouvera notre équipe de supporters. Quel plaisir d'avoir ces encouragements ! Ils nous ont apporté tout ce dont nous avions besoin. Malheureusement nous n'avons pas trop le temps de nous attarder car les prochains checks points sont éliminatoires. Il nous faut arriver au plus tard à 15h au point 33.3 km. Bien décidés, nous avons marché d'un bon pas. Arrivés dans les temps, l'équipe au complet, on se dirige vers le scan de nos dossards. C'est un bon point, nous sommes bien dans la course ! C'est pourtant précisément à ce point que tout aurait pu basculer. On redémarre, on passe un petit pont au dessus d'une rivière et on se retrouve face à deux panneaux indiquant deux chemins différents. Sans trop d'hésitations, on prend celui qui nous semble être le bon. Mais nous voilà parti, en réalité, sur le chemin qui nous mène au check point 61 km !! Et on est pas les seuls, deux colombiens et l'équipe des rouges nous suivent ! Bien fatigués de nos 11 km sur une route longue et monotone, on croisent à l'arrivée des personnes étonnées, admiratives et des "ce sont déjà les premiers!?" se murmurent. Inquiets mais surtout contents de pouvoir s'arrêter, on profite du centre kiné pour nous relaxer. On apprendra quelques minutes plus tard que l'on a pris le mauvais chemin. Ce point n'aurait dû être atteint que durant la nuit. Nerveusement, c'est un coup dur. Le ton n'est plus à l'humour et très vite on cherche à être rassurés par le responsable du check point. Il prend son gsm et passe plusieurs coups de fil. L'attente du verdict est interminable, on n'a pas fait tout ce chemin pour s'entendre dire que l'on est disqualifiés ! Et la bonne nouvelle arrive et soulage nos physiologies ! Le chemin que l'on vient de parcourir est quasi identique à celui que l'on aurait du faire. Deux camionnettes sont en routes et vont nous dropper au point "Signal de Botrange" où nous aurions dû être. Là, les supporters nous ravissent de bons plats, de vêtements chauds et d'un réconfort moral. Certains laissent échapper des larmes, l'aventure qui a failli nous échapper reprend vie. Bien remontés, nous passons au scan et repartons plus motivés que jamais. Nous sommes au check point 43 km.

 

Le dernier point crucial à atteindre se trouve à 10,5 km en direction de Porfays. Si nous parvenons à atteindre ce point avant 20h30, nous ne pourrons plus être disqualifiés. Les jambes deviennent lourdes mais la tension que le décompte induit nous le fait oublier. Et vers 20h05, nous atteignons notre but.

 

Le ciel s'assombrit, le temps vire à l'humidité et les nuages de moustiques nous envahissent. Il ne fait pas bon à rester longtemps à ce check inhospitalier. On s'habille chaudement, on laisse crier une dernière fois nos muscles dans un étirement rageur et on repart pour le point 61.5 km. De nouveau, nous allons être plongés dans ce décor lassant où l'horizon n'est que le seul repère fixe, un désert de hautes herbes. L'épreuve se durcit de plus en plus et pour certaines équipes, c'est le moment de rendre les armes. Nous atteignons ce point, mais il est vraiment temps de reprendre un bon souffle, de prendre du recul par rapport à notre effort. Mais ce n'est pas chose aisée et nous resterons a ce point aussi longtemps qu'il nous est permis de le faire, jusqu'à la fermeture du check. Notre supporter, Marc, nous apporte des vêtements chauds, on s'abreuve d'une dernière boisson chaude, on pose un ultime regard craintif sur l'état des pieds et difficilement, dans la douleur, on reprend la route.

 

Le moment le plus dur de notre périple commence. Le point 61.5 - 74 km a été un calvaire. Dès le début, on s'engouffre dans une rue totalement noir où nous n'apercevont pas la moindre lumière à l'horizon. C'est à ce moment précis que des mécanismes de soulagement s'invitent. Le jeu. Comment faire autrement, il faut nous libérer de nos tracas, de notre lassitude, de notre fatigue, il faut que l'esprit se libère un instant. Malheureusement, ça ne va pas durer car la force nous manque et très vite chacun va être plongé brutalement dans sa douleur ! C'est le silence, le calme plat. Seuls retentissent les bâtons de marche frappant le macadam. Nerveusement, c'est un moment très difficile et le trajet ne nous aide pas. Le macadam est ce qu'il y a de pire pour les pieds. Chaque pas est synonyme de douleur et d'échauffement. C'est durant ce trajet que sortirons les premières expirations de douleur et de ras-le-bol. Le parcours est interminable, à chaque lumière on se réjouit de l'arrivée du check point. Mais il n'en est rien ! Enfin, après de nombreuses hallucinations on aperçoit au loin un immeuble illuminé surplombant le barrage de la Gileppe. On arrive enfin ! Les derniers mètres ont été robotiques, quel calvaire !

 

Autant dire qu'une fois encore nous resterons à nous ressourcer le plus longtemps possible. Nous allons nous restaurer et prendre toute l'énergie possible. Des pâtes, de la viande et du sucre. Merci Marc et Manu. A ce moment précis, il nous reste 26 km à parcourir. Bagatelle !

On repartira plus d'une heure plus tard, après un dernier arrêt médical pour Martine et Ludo. Notre chef d'équipe a le moral mais ses orteils lui font la gueule. Deux d'entre eux sont brûlés.

 

Durant notre prochain trajet entre le CP 4 et 5, l'organisation permet aux supporters de nous accompagner. Marc endosse cette lourde tâche ! Moralement, ça nous fait énormément de bien. Le chemin est plus agréable, on oublie quelque peu nos douleurs. Au CP5, un spaghetti bolognèse nous attend, vite ! Mais ce trajet a failli être fatal pour notre chef d'équipe, les descentes étant sévères, les cloches hurlantes, les positions prises pour éviter la douleur déboîtent les genoux de Ludo. Il est plus que temps de se reposer et de faire un tour au centre de massage ! Quel bien ! C'est presque une renaissance. On repartira de ce check point à 7h05, dans un froid glacial.

 

Les 7,5 km que l'on va parcourir ensuite seront les plus rapides de notre expédition. On va les parcourir en un temps record d'une heure 35. On sent approcher la fin et le renouveau du jour nous a redonné le moral. Au point 88.7 km, on revoit une dernière fois nos supporters. Après, ça sera la dernière ligne droite vers le but ultime.

De 88.7 à 93.6 km, la cadence est encore bonne ! Ludo commence à souffrir énormément et il s'affale de tout son long une fois le point atteint. Plus de masseurs à disposition, on se met à la tâche pour le soulager. On souffre tous beaucoup, Martine requiert l'aide de Marc et on sent que la dernière étape va être celle du mental.

 

En avant pour les 6.4 derniers kilomètres, les plus longs de notre existence. Ils vont être interminables et nerveusement c'est le chaos. Des douleurs physiques sans nom mais bientôt se déroulera le tapis rouge du sprint final. Après des champs infranchissables, des serpentins infinis, enfin se dévoile la banderole finale. Martine craque, Michèle intériorise, j'expire de lassitude et de douleur et Ludo, le regard vide et mouillé sent le calvaire prendre fin.  A 100 m de la ligne, une dernière pose est encore obligatoire, il est réconforté. Un dernier souffle et ça sera la consécration. Mon dieu, que le chemin est long... Nous passons la ligne, soulagés, dans un temps de 29h31 minutes. Nous sommes tous très émus, coureurs, supporters et spectateurs. 

 

Tout ça valait finalement la peine, nous sommes récompensés par le secrétaire général d'Oxfam Belgique et plusieurs photos souvenir graveront à jamais ce périple d'équipe mêlant le défi personnel à la juste cause. Merci à tous ceux qui nous ont soutenus, ce fut une expérience inoubliable.

A l'année prochaine.

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